En 1994, le triomphe des Nouveaux
Mecs, comédie de Sönke Wortmann
sur les rapports entre homos et hétéros, relance le cinéma
allemand (et révèle une star en devenir, Til
Schweiger, un des Inglourious Basterds de Tarantino).
Ce film est l'adaptation d'une BD du dessinateur homosexuel Ralf König.
Tout naturellement, d'autres producteurs s'intéressent à son Åuvre
passée, et le réalisateur Martin Walz
réalise en 1996 une adaptation de Kondom des Grauens (littéralement
"Le Préservatif de l'horreur") publié en France
sous le titre de La capote qui tue. "J'ai fait cette BD en 1987,
à l'époque où les campagnes de protection anti-SIDA étaient
à leur apogée, explique König. Brusquement, on entendait
de toutes parts : "Tu dois le faire avec un préservatif ! Tu dois
le faire avec un préservatif !" Cela me tapait sur les nerfs, parce
que le préservatif était devenu subitement une sorte de Vache
Sacrée. On ne pouvait pas aller contre. Inconsciemment, j'ai certainement
pensé à une capote tueuse avec des dents, ce qui était
en tant qu'artiste ma façon de réagir."
À New York, un professeur emmène une de ses étudiantes à l'hôtel, le prix à payer si elle veut son examen. Au moment de mettre un préservatif, le vicieux universitaire hurle à la mort : son membre viril vient d'être sauvagement sectionné. C'est la nouvelle victime d'une longue série de castrations inexpliquées. L'inspecteur Mackeroni (et son sexe de 32cm) mène(nt) l'enquête et découvre(nt) que des capotes pourvues de dents hargneuses en sont à l'origine... Ces créatures sont conçues par l'éminent professeur Smirnoff qui travaille dans un laboratoire secret sous la menace d'une femme cherchant à punir les hommes, tous de vils pêcheurs.
"On ne peut comparer ce film avec aucune des comédies allemandes que l'on a vues, affirme Walz. Elles ont la plupart du temps un côté "télévision" que le film n'a absolument pas. C'est vraiment du grand cinéma." Tourné à Berlin et en extérieurs à New York, Killer Kondom est évidemment tourné vers la parodie (du film noir, des films de savants fous⦠mais aussi de classiques comme Psychose et Les Dents de la mer). Le film bénéficie d'effets spéciaux réussis conçus par Jörg Buttgereit et son équipe qui ont réussi à donner vie à des bouts de latex. Les "Kondoms" sortent de leurs boîtes, avancent, se contorsionnent et sont aussi humains que le tapis volant du Aladdin de Disney.
L'affiche du film insiste bien sur la fonction de "creative consultant" de H.R. Giger, le génial concepteur des créatures d'Alien et de La Mutante. En fait, il arriva assez tard sur le projet et Buttgereit avait déjà bien avancé dans son travail. Très intéressé par le thème de la castration, il fit de nombreux dessins pour les décors et les préservatifs sanglants, mais son optique n'était pas la même que celle du réalisateur Martin Walz. "On aurait pu faire Killer Kondom avec Giger, mais cela aurait été un autre film. Il y a quelques détails, quelques éléments, qu'il a dessinés. Mais dans l'ensemble, cela ne valait pas la peine - c'était plutôt un malentendu artistique. La collaboration avec lui était très agréable. Il a fait des propositions, mais la plupart auraient donné au film un tout autre ton."
Le film ne rencontre pas un grand succès en Allemagne mais est distribué
internationalement, notamment en France et aux Etats-Unis (par la célèbre
firme "trash" Tromaâ¦).
Philippe Lombard